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VTT - 14/08/2013

Le tour de la Peña Montañesa en VTT

Mon amour pour les Pyrénées du Haut-Aragon toujours intact, ma passion grandissante pour le vélo et enfin quelques Googlages dans la websphère du "BTT" Espagnol m'ont mené, au gré des recherches a la "Vuelta a la Peña Montañesa". Tous les chemins menant à Rome, c'est logiquement que je tombai sur le circuit le plus populaire du Sobrarbe: moult traces GPS, galeries photos, voire même videos Youtube le vantent à tout va: c'est the must. Descendant en France, avec un saut à Saint-Lary, durant les vacances d'été, je ne pouvais laisser filer une telle occasion. Les rêves sont faits pour être réalisés ! Je préparai donc la trace GPX, épluchai les cartes, et j'en retins deux: la Rando-Edition de Benasque, et l'Alpina de la région d'Ainsa. Avec un petit problème, qui nous le verrons par la suite, me causera des soucis: l'extrême Sud n'est couvert par aucune. A quoi bon s'inquiéter me dis-je, dans tous les cas je peux retomber sur la Nationale venant de Campo.

Cette montagne, qui se présente sous la forme d'une longue barrière dolomitique serpentant sur une vingtaine de kilomètres, m'avait laissé un aigre arrière-gout, lors de la seule fois où je la gravis, y a une dizaine d'années et seul: malgré une ascension magnifique, le brouillard m'avait piégé en redescendant sur la prairie suspendue, et j'avais peiné à retrouver le passage clé à travers les barres rocheuses; c'est en effectuant des spirales autour de chaque cairn que je m'étais extrait du piège. Point question de sommet cette fois ci, mais de tour. Le massif du Cotiella voisin, mastodonte désertique, ainsi que ses satellites: Movison, Llerga, Solana, eux aussi tous gravis, ont toujours exercé sur moi une fascination sans bornes. La grande vallée séparant le Cotiella et la Montañesa, moitié Nord de cette boucle, certainement parmi ce qui se fait de mieux dans le style "No man's land Aragonais" m'intriguait, et le VTT était tout désigné pour aller visiter ces endroits mystiques.
Ce mois de Juillet étant particulièrement caniculaire, le sens dans lequel effectuer cette boucle et le choix du point de départ me firent hésiter avant de prendre une décision. Dans chaque cas, il valait mieux faire la moitié longeant le versant Sud-Ouest tot en matinée, pour ne pas souffir de la chaleur. L'autre versant, davantage ombragé, convient mieux pour le milieu de journée. Restait donc le sens. Le site internet préconisait le sens inverse de la montre, mais faire ainsi signifiait partir de Laspuña, certes plus proche en voiture, mais qui signifie aussi gravir 300m de dénivellée supplémentaires en lacets pour rejoindre l'itinéraire presque en son point le plus élevé, sous ces falaises Nord qui font si forte impression en descendant de Bielsa. Sachant que le seul itinéraire en fait allègrement 1500...


L'autre option était de commencer par le Sud et de le faire en sens inverse, ce qui avait aussi pour avantage de commencer près de la route: le petit bled d'Atiart, a l'Est d'Ainsa, remplissait ces conditions, et je décidai de faire ainsi, envers et contre tout. C'est donc de très bonne heure que je serrai le frein à main devant Atiart, "deshabitado" sur la carte, mais en plein renouveau: des maçons étaient déjà à pied-d'oeuvre pour refaire a ce village une nouvelle santé: il a déjà belle allure. Je montai les roues du Titus, vélo en carbone prêté par mon père en cette occasion, allumai le GPS, et fixai le porte carte au guidon. Mon camelbak était rempli à bloc, avec en plus une bonne dose de vivres et toute l'outillerie: pas question de tomber en rade, surtout dans la moitié Nord ! J'étais paré.

 

 


Le début du tracé me mena par de larges pistes de type land rover, à travers un décor parfois ressemblant à celui raviné des Bardenas. Une rivière est à franchir dans son lit même, passage où il est difficile à renoncer à se pendre en photo. Je passai ensuite Molinias, "deshabitado", puis une longue commença, assez longue mais heureusement large. Je perdis momentanément l'itinéraire pour la toute première fois de la journée en continuant trop loin vers La Muera, oubliant de voir que dans un virage, la trace GPS filait tout droit via un singletrack. Ce dernier me força à marcher en quelques endroits, mais je parvins à le monter en puissance presque en entier. Arrivée soudaine au monastère de San Victorian, site historique classé et point de départ de rando vers la Peña. Ce n'est point le sentier de la Peña sur lequel je continue, mais la route asphaltée menant à Oncins, petite localité elle aussi coquette, révélant les toutes premières vues sur ce que les falaises de la Peña ont de plus majestueux. J'y croisai un duo de VTTistes, avec qui j'échangeais quelques mots : "La Vuelta ? en este sentido ? difícil ! creciendo !". Sans connaitre l'Espagnol, j'eus compris, et commençai à m'interroger sur ma décision d'avoir commencé le circuit à l'envers. A Oncins commence en effet la portion sentier "singletrack", qui ne figure pas sur la Rando-Editions, uniquement sur l'Alpina. Sur cette dernière, elle semble longer le flanc de la montagne plus ou moins à niveau. Mais le tout début donna raison aux Espagnols.

 


Heureusement, arrivé au niveau de la bosse "As Toscas", je pus enfin rouler à peu près de manière continue, sur un faux plat ascendant, proposant de temps à autre racines ou rochers à négocier. Ce singletrack est tout simplement délicieux; pour ma part je le savourai en franchissant en force chaque regain de pente, à chaque fois que cela était possible. En descente il doit être encore plus sympa, bien que quelques endroits obligent certainement aussi à poser pied.


Par endroits apparaissent des versants déboisés ou l'on retrouve ce type de relief raviné style Bardenas, sur lequel le mince sentier passe en dévers: je pense qu'il est possible de gérer presque tout, mais gare à la glissade, ce type de rocher qui s'effrite est recouvert de gravillons. Etant seul, je préférai les franchir en descendant du vélo. Plus loin, le singletrack franchit d'autres portions de versants sur des pentes d'éboulis calcaires, amas de pierres instables, moins exposés mais obligeant à pédaler en force tout en gardant l'équilibre.


En arrivant vers Os Pozos, antécime a l'Ouest de la Peña, en contrebas de laquelle trône une antenne, la pente devient à nouveau trop importante, et je poussai le vélo jusqu'à la jonction des sentiers sur le point le plus occidental. Au delà d'Os Pozos, grâce à ces mètres gagnés auparavant, la suite est relativement horizontale et roulante, jusqu'au point où l'on rejoint la piste montant de Laspuña. Cette même piste, selon la carte, décrit un "Y" dont l'autre branche rejoint l'antenne d'Os Pozos; je me demande si ce n'est pas une alternative possible à la portion de montée ingrate. L'arrivée de la large et facile piste de Laspuña facilite beaucoup les choses pour monter à La Collada, le fameux col séparant la Montañesa de la Peña Solana, point le plus élevé de tout le circuit, à 1552m.


La Collada est un magnifique endroit qui fait oublier tous les efforts pour y parvenir. Pâturages offrant de magnifiques vues, sur les falaises de la Montañesa, les Peña Solana, Punta Llerga, Cotiella, et bien d'autres. Tout le panorama distant vers le Mont Perdu et son canyonland est lui aussi ouvert. Des 4x4 de bergers sont là, vaches, chèvres et ânes errent en liberté. C'est l'endroit opportun pour se restaurer avant d'attaquer une longue descente.


Ici commence l'épisode sauvage du circuit, avec la longue vallée. La piste descend de manière quasiment ininterrompue jusqu'au refugio del Ostachio, petite batisse ou là aussi de beaux pâturages réapparaissent, ainsi que des vue inédites sur le versant Sud du Cotiella, que l'on pourrait surnommer "la face cachée de la Lune". Les falaises Nord de la Peña gardent elles aussi fière allure vues de ce coté là. Gare à l'erreur, la piste principale descend vers Lafortunada ! L'itinéraire qui continue de descendre la vallée sauvage, vers le col de Cullibert, chose dont je ne m'étais pas douté, devient subitement un simple sentier. Autre détail, ça remonte, et même sec par endroits ! Cela aussi je ne m'y attendais pas. La vallée devient très verte et humide, nous faisant presque penser au versant Français, lorsque le chemin surplombe le cours d'eau. Frayeur en constatant que le pneu avait ramolli, et en découvant une pompe récalcitante. La bombe anti-crevaison me permit de repartir.
Subitement, grande clairière, retour au climat méridional, nous somme au col de Cullibert, qui possède lui aussi son Refugio. Là aussi, vues splendides. La suite redevient une piste de 4x4, qui descend vers Viu, jolie localité qui semble au bout du monde. La route asphaltée refait son appartition et ramènne à Senz. Pause obligatoire: mon camelback arrive à sa fin ! J'aperçois un fourgon-supérette, ou quelques habitants font leur courses. J'y vois divers produits tels que papier toilette, lessive, dentifrice. Mais d'eau, point. Mon tour arrive, je pose la question. "Agua fresca ? Aquí, en esta casa !" me répond la vielle femme derrière moi, désignant une maison sur la place du village. Je sonne: une dame m'offre deux jerricans d'une eau glaciale, qui semble sortie tout droit de quelque source locale. Un verre fait aussi son apparition, sur une table en bois que je n'avais pas remarqué: Je suis en fait au bistro du village ! Un viellard fait la sieste, immobile à l'ombre, ainsi qu'un chien noir étalant ventre et pattes en éventail sur les pierres surchauffées. La scène est trop belle !

 


Je me décide enfin à quitter Senz et leurs adorables habitants. Convaincu que l'itinéraire continue de longer la route, je descend tout schuss, mais je réalise ensuite que la trace est partie depuis belle lurette plus haut vers la droite. Je rembobine le film de ma mémoire: Qu'ais-je vu de tel durant la descente ? Rien. Et pas la moindre envie de tout remonter, en pleine canicule, pour aller vérifier. C'est ici que le théorème "Jamais de GPS sans vraie carte" prend toute sa dimension : je suis arrivé à la limite du bas de la Rando-Editions. Si je possédais une quelconque troisième carte me montrant qu'il y avait une autre piste à Senz, je l'aurai su à l'avance... Tant pis, je descend jusqu'à Campo.
La nationale a été refaite, depuis la fois où, en 2002, je l'avais empruntée pour me rendre au Turbon. Elle serpentait alors à travers des gorges. Maintenant, un tunnel flambant neuf a été percé. L'ancienne route est fermée à la circulation: une aubaine, je l'emprunte, ce qui me permet de savourer pleinenement moult points de vues sublimes sur l'eau turquoise du Rio Esera, s'épendant en cascades. Certes, je suis descendu trop bas, mais ce n'est pas vilain non plus ! L'ancienne route me permet de rouler un certain temps en évitant le bitume au standard autoroutier de la nouvelle route; mais je suis finalement forcé de m'y joindre. La montée vers le col de la Foradada, sur un faux plat montant et au plus fort de la canicule, fut apocalyptique. C'est avec un certain soulagement que je quittai le bitume incandescent à hauteur de La Cabezonada, pour reprendre le petit bout de piste me ramenant doucement à Attiart et à la voiture. Fin un peu ingrate mais quel joli parcours !


Une analyse plus pointue révelera plus tard, connecté sur le site Iberpix de l'IGN Espagnol, qu'un sentier relie effectivement Senz au col de la Foradada, évitant de descendre jusqu'à Campo. Mais, si l'on en croit la vidéo postée sur Youtube, il n'a pas l'air de tout repos non plus. L'heure est aussi venue de faire le point sur mon choix d'avoir fait le circuit à l'envers. J'ai croisé deux groupes de VTTistes venant dans le sens opposé... Sans aucun doute, le long singletrack de La Collada à Oncins est mieux apprécié. Idem pour la petite portion sous San Victorian, et un fragment pentu entre Cullibert et Ostachio. Ceci dit, bien que descendue à vive allure, la portion entre le col Cullivert et Viu est elle aussi bien velue. Bon courrage à ceux qui la feront en montant ! Au final, même si la balance penche toujours pour le sens contraire de la montre, il faut relativiser... Quel que soit le sens où on la fait, cette boucle est avant tout une épreuve physique, que la seule dénivellée ne suffit pas à mesurer: il faut tenir compte de tous ces petites coquetteries épuisantes que seul le décor Méditerranéen sait si bien proposer, qui usent autant le dos les bras, la concentration aussi...

 


C'est également en revenant que j'appris, en lisant le blog de Culture Outdoor, que Bastien et son coéquipier Philippe ont descendu cette même vallée deux semaines auparavant durant leur traversée, et passé la nuit au refuge del Ostachio, sous un mémorable orage. Le monde est petit ! C'est décidé, il faudra répéter ce genre d'aventure Aragonaise à l'avenir. Je viens de finir leur blog: Torla et le sentier des Miradors d'Ordesa figure tout en haut de ma liste !


Eric


Quelques liens :
Vidéo :
http://vimeo.com/17650026
Description (en Espagnol):
http://www.bttpirineo.com/rutas-btt/zz-002-vuelta-la-pena-montanesa
Trace GPX :
http://es.wikiloc.com/wikiloc/view.do?id=1067926
Album photos :
https://picasaweb.google.com/117046076089251623180/PenaMontanesa?noredirect=1

Publié par Eric
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